Coeurs blasés

Coeurs blasés



L
eurs yeux se sont éteints dans la dernière Nuit ;
Ils ont voulu la vie, ils ont cherché le Rêve
P
our leurs coeurs blaspmants d'où l'espoir toujours fuit.
Ils n'ont jamais trouvé la vraie et bonne ve.

E
n vain ont-ils t l'âme dans la bauche,
Il reste encore, effroi ! les tourments du Remords.
L'Ange bme se dresse et se place à leur gauche,
Leur déchire le coeur râlant jusqu'à la Mort.

E
mile NELLIGAN (1879-1941)
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# Posted on Sunday, 29 November 2009 at 7:21 PM

Si...

Si...
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur ;
Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

Rudyard Kipling


Ce poême fut écrit en 1910, à l'intention
de son fils, John, alors agé de 12 ans.
John mourrut lors de la 1ère guerre mondiale.

# Posted on Monday, 08 December 2008 at 5:56 PM

Edited on Thursday, 17 September 2009 at 6:17 PM

J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.

Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère ?

J'ai tant vé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l'apparence elle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô balances sentimentales.

J
'ai tant vé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps expoà toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premres lèvres et le premier front venus.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'àêtre fantôme parmi les fanmes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se prone et se promènera algrement sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos, « j'ai tant vé de toi... » jusqu'à « ...le cadran solaire de ta vie », Corps et Biens, 1930.

# Posted on Thursday, 11 June 2009 at 7:04 PM

Edited on Thursday, 17 September 2009 at 6:00 PM

Si tu veux nous nous aimerons

Si tu veux nous nous aimerons






Si tu veux nous nous aimerons
Avec tes lèvres sans le dire
Cette rose ne l'interromps
Qu'à verser un silence pire

Jamais de chants ne lancent prompts
Le scintillement du sourire
Si tu veux nous nous aimerons
Avec tes lèvres sans le dire

Muet muet entre les ronds
Sylphe dans la pourpre d'empire
Un baiser flambant se déchire
Jusqu'aux pointes des ailerons
Si tu veux nous nous aimerons.

Stéphane MALLARME (1842-1898)
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# Posted on Saturday, 28 November 2009 at 11:54 AM

Edited on Sunday, 29 November 2009 at 7:27 PM