La bouche

La bouche
Ni sa pensée, en vol vers moi par tant de lieues,
Ni le rayon qui court sur son front de lumière,
N
i sa beauté de jeune dieu qui la première
Me
tenta, ni ses yeux - ces deux caresses bleues ;

Ni son cou ni ses bras, ni rien de ce qu'on touche,
Ni rien de ce qu'on voit de lui ne vaut sa bouche
O
ù l'on meurt de plaisir et qui s'acharne à mordre,

S
a bouche de frcheur, de lices, de flamme,
F
leur de volupté, de luxure et de désordre,
Q
ui vous vide le coeur et vous boit jusqu'à l'âme...

Marie NIZET (1859-1922)

# Posté le mercredi 08 août 2007 18:39

La torche

La torche
Je vous aime, mon corps, qui tes son désir,
Son champ de jouissance et son jardin d'extase
se retrouve encore le goût de son plaisir
Comme un rare parfum dans un précieux vase.

Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
Dans lmerveillement qu'il traînait à sa suite
Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
Le reflet persistant de sa beauté truite. [...]

J
e vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups
L
e rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
E
t mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
R
ivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres...

J
e vous aime ma chair, qui faisiez à sa chair
Un tabernacle ardent de volup parfaite
Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
Toujours rassasiée et jamais satisfaite.

Et je t'aime, ô mon âme avide, toi qui pars
-
Nouvelle Isis - tentant la recherche éperdue
Des atomes dissous, des effluves épars
De son être où toi-me as soif d'être perdue.

J
e suis le temple vide tout culte a cessé
Sur l'inutile autel déserté par l'idole ;
Je suis le feu qui danse à l'âtre laissé,
Le
brasier qui n'échauffe rien, la torche folle...

Et
ce besoin d'aimer qui n'a plus son emploi
Dans la mort, à psent retombe sur moi-me.
Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
Résor, c'est bien vous que j'aime si je m'aime.

Marie NIZET (1859-1922)

# Posté le mercredi 08 août 2007 18:53

Complainte amoureuse

Complainte amoureuse
Oui dès l'instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le dise
Qu'avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu'enfin je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez

Alphonse ALLAIS (1854-1905)

# Posté le mercredi 08 août 2007 19:40

Les caresses des yeux

Les caresses des yeux
Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent lme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du coeur peut appartre.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
R
ien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Don
t le pli lentement s'est comblé de tristesses,
E
lles gardent encor leur limpide tendresse ;

Fa
ites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et
quelle autre caresse a traversé des larmes ?

A
uguste ANGELLIER (1848-1911)

# Posté le mercredi 08 août 2007 19:51

Pavane

Pavane

Be
lle qui tiens ma vie
C
aptive dans tes yeux,
Qui m'as l'âme ravie
D'un souris gracieux.
Vienst me secourir,
O
u me faudra mourir.

P
ourquoi fuis-tu, mignarde,
Si je suis près de toi ?
Qu
and tes yeux je regarde,
J
e me perds dedans moi !
C
ar tes perfections
Changent mes actions.

T
es beautés et ta grâce
E
t tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os.
Ils ont rempli mon coeur
D
'une amoureuse ardeur !

A
pproche donc ma belle,
A
pproche-toi mon bien !
N
e me sois plus rebelle
P
uisque mon coeur est tien...
P
our mon mal apaiser
Donne-moi un baiser !

J
ehan Tabourot, dit Thoinot ARBEAU (1520-1595)

# Posté le mercredi 08 août 2007 20:01