L'amour

L'amour





Passer ses jours à désirer,
S
ans trop savoir ce qu'on désire ;
Au
me instant rire et pleurer,
Sa
ns raison de pleurer et sans raison de rire ;
Re
douter le matin et le soir souhaiter
D
'avoir toujours droit de se plaindre,
Craindre quand on doit se flatter,
E
t se flatter quand on doit craindre ;
Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s'effrayer, se jouer des entraves ;
G
lisser gèrement sur les affaires graves,
Pour traiter un rien gravement,
S
e montrer tour à tour dissimulé, sincère,
T
imide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n'en point encore assez faire ;
Souonner les amis qu'on devrait estimer ;
Ê
tre le jour, la nuit, en guerre avec soi-me ;
Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer.

Adélde Dufrénoy (1765-1825)

# Posté le lundi 26 novembre 2007 19:28

Modifié le jeudi 06 décembre 2007 19:22

Sonnet

Sonnet
Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas ! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

À l'austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle
" Quelle est donc cette femme ? " et ne comprendra pas.

Félix ARVERS

# Posté le mercredi 23 janvier 2008 18:36

Modifié le samedi 12 avril 2008 20:52

Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche

Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche




Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche,
B
rûle tous mes désirs d'un feu étincelant,
Élève mon esprit d'un désir excellent,
Foudroie de ton bras l'obstacle qui l'empêche.

Si le divin brandon de ta flamme me sèche,
F
ais sourdre de mes yeux un fleuve ruisselant :
Q
u'au plus profond du coeur je porte recélant,
Des traits de ton amour la gracieuse bche.

Puisque tu n'es qu'amour, ô douce charité,
P
uisque pour trop aimer tu nous as rité
Tant de biens infinis et d'admirables grâces,

Je te veux supplier par ce puissant effort
De l'amour infini qui t'a cau la mort,
Qu'en tes ts amoureux mon âme tu enlaces.


Auteur:Gabrielle de COIGNARD

# Posté le mercredi 09 avril 2008 18:39

Modifié le samedi 12 avril 2008 20:56

A l'éclair violent de ta face divine

A l'éclair violent de ta face divine
A l'éclair violent de ta face divine,
N'étant qu'homme mortel, ta céleste beauté
M
e fit goûter la mort, la mort et la ruine
P
our de nouveau venir à l'immortalité.

Ton f
eu divin brûla mon essence mortelle,
T
on céleste m'éprit et me ravit aux Cieux,
T
on âme était divine et la mienne fut telle :
Déess
e, tu me mis au rang des autres dieux.

Ma b
ouche osa toucher la bouche cramoisie
Pour cueillir, sans la mort, l'immortelle beauté,
J'ai vécu de nectar, j'ai sucé l'ambroisie,
Savour
ant le plus doux de la divinité.

Aux
yeux des Dieux jaloux, remplis de frénésie,
J
'ai des autels fumants comme les autres dieux,
Et pour moi, Dieu secret, rougit la jalousie
Qua
nd mon astre inconnu a déguisé les Cieux.

M
ême un Dieu contrefait, refusé de la bouche,
Ve
nge à coups de marteaux son impuissant courroux,
Tan
dis que j'ai cueilli le baiser et la couche
Et
le cinquième fruit du nectar le plus doux.

Ces humains aveuglés envieux me font guerre,
Dre
ssant contre le ciel l'échelle, ils ont monté,
Mais de mon paradis je méprise leur terre
Et
le ciel ne m'est rien au prix de ta beauté.


A
uteur:Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ

# Posté le samedi 12 avril 2008 20:51

Que serais-je sans toi?

Que serais-je sans toi?
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J
'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'
ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comm
e on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Co
mme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'a
i tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.


Que
serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Qu
e serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que
cette heure arrêtée au cadran de la montre
Qu
e serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai
tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu'
il fait jour à midi, qu'un ciel peut être bleu
Que
le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
Tu
m'as pris par la main dans cet enfer moderne
O
ù l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
Tu
m'as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui
parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N'
est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une
corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
A
illeurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
T
erre, terre, voici ses rades inconnues.

Qu
e serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Qu
e serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Qu
e cette heure arrêtée au cadran de la montre
Qu
e serais-je sans toi que ce balbutiement.

LOUIS ARAGON

# Posté le mardi 17 juin 2008 17:44

Modifié le mardi 17 juin 2008 18:28